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Le Soudan du Sud Fixe une Date Électorale Historique, Tandis qu'une Paix Fragile Reste en Suspens

Quinze ans après l'indépendance, le plus jeune pays du monde annonce ses premières élections générales — un jalon salué par certains comme une avancée démocratique, mais perçu par d'autres comme un pari risqué dans un climat de tensions politiques et militaires non résolues.


Une Annonce Longtemps Attendue


Le 22 juin 2026, la Commission électorale nationale (NEC) du Soudan du Sud a officiellement fixé au 22 décembre 2026 la date des premières élections générales du pays depuis son indépendance du Soudan en 2011. Le président de la Commission, le Pr Abednego Akok Kacuol, a précisé que cette date respecte la Loi électorale nationale, qui exige que le calendrier électoral soit publié au moins six mois avant le scrutin.


Ce vote marquerait un tournant : ce serait la première fois que les citoyens sud-soudanais voteraient en tant que nation indépendante, le dernier scrutin remontant à 2010, lorsque le pays faisait encore partie du Soudan. Il s'agit également du cinquième report d'une élection initialement prévue pour 2015.


Un Contexte Politique Fragile


L'annonce intervient alors que les relations se dégradent entre le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), parti au pouvoir, et son rival historique, le SPLM-IO. Le premier vice-président Riek Machar, suspendu de ses fonctions en 2025, reste en résidence surveillée à Juba et fait face à des accusations de trahison. Il reste incertain s'il sera autorisé à se présenter au scrutin de décembre, tandis que le président Salva Kiir devrait, lui, être candidat.


La faction du SPLM-IO restée loyale à Machar a réagi vivement à l'annonce. Son président par intérim, Nathaniel Pierino, a averti que toute personne entrant en territoire contrôlé par l'opposition pour y inscrire des électeurs ou faire campagne serait traitée comme un « prisonnier de guerre », ajoutant : « Rappelez-vous, le pays est en guerre. »


Des Obstacles Logistiques et Financiers


Le Pr Akok a lui-même reconnu que d'importants obstacles persistent. Il a appelé le gouvernement à « accélérer la résolution des lacunes juridiques existantes » et à fournir « les ressources nécessaires dans un délai court » pour permettre à la Commission de mener à bien sa mission inscription des électeurs, formation du personnel et mise en place des bureaux de vote.


Selon l'Accord de paix revitalisé de 2018 (R-ARCSS), plusieurs conditions préalables devaient être remplies avant la tenue d'un scrutin : unification des forces armées, rédaction d'une constitution permanente, recensement national, retour des réfugiés et déplacés, et réformes institutionnelles. Aucune de ces étapes n'a, à ce jour, été pleinement achevée.


Une Paix sous Tension


Le mécanisme de suivi du cessez-le-feu a enregistré, plus tôt cette année, une hausse de 14 % des violations du cessez-le-feu et une augmentation de 43 % des hostilités impliquant les signataires de l'accord de paix. Une enquête des Nations unies a conclu que les dirigeants du pays étaient en train de « démanteler systématiquement » l'accord de 2018, censé mettre fin à la guerre civile et rétablir un gouvernement d'union entre Kiir et Machar.


Plus tôt cette année, une offensive militaire dans le bastion de l'opposition à Akobo avait déjà illustré la fragilité de la situation : la mission de l'ONU sur le terrain avait refusé de se conformer à un ordre de l'armée d'évacuer la zone, invoquant de graves risques pour la sécurité des civils.


Des Lectures Divergentes


Certains analystes voient dans la décision du président Kiir de maintenir le calendrier électoral une stratégie visant à renforcer sa légitimité et à afficher un engagement envers le processus démocratique, dans l'espoir de rassurer les partenaires internationaux. D'autres y voient au contraire un danger : organiser un scrutin sans avoir réglé les questions de fond — notamment la participation réelle de l'opposition — pourrait davantage fragiliser la crédibilité du processus, voire raviver les tensions.


Ce qu'il Faudra Surveiller


Dans les mois précédant le 22 décembre, plusieurs questions restent en suspens : la participation ou non de Riek Machar et de son mouvement, l'avancement du recensement et de la rédaction d'une constitution permanente, ainsi que la situation sécuritaire dans des zones contestées comme Akobo et le Haut-Nil. Le déroulement — ou non — de ce scrutin sera suivi de près, tant par les citoyens sud-soudanais que par les partenaires internationaux engagés depuis 2018 dans le processus de paix.

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