Les États-Unis et l'Iran en guerre : un tournant historique et ses conséquencesDroit international & Géopolitique
- Dorcas Inema
- 4 mars
- 13 min de lecture

La campagne militaire conjointe américano-israélienne lancée le 28 février 2026, qui a abouti à l'assassinat du Guide suprême Ali Khamenei et déclenché un conflit ouvert à travers le Moyen-Orient, constitue l'une des ruptures géopolitiques les plus lourdes de conséquences du XXIe siècle. La présente analyse examine les répercussions juridiques, politiques, économiques et régionales d'une guerre dont l'ampleur réelle ne commence qu'à se mesurer.
Les frappes qui ont débuté dans les premières heures du samedi 28 février 2026 — désignées conjointement Operation Epic Fury côté américain et Operation Roaring Lion côté israélien — marquent un basculement dans les relations internationales. En l'espace de quelques heures, les États-Unis et Israël ont visé au moins neuf villes iraniennes, éliminé le Guide suprême de la République islamique, et engagé ce que l'administration Trump a ouvertement qualifié de campagne de changement de régime. En quelques jours, le conflit s'était étendu au Liban, au Yémen et aux États du Golfe, laissant derrière lui des milliers de victimes civiles, des voyageurs bloqués, et un ordre régional en péril.
Les conséquences de ce conflit dépassent largement le champ de bataille. Elles mettent en jeu l'architecture du droit international, l'avenir de la non-prolifération nucléaire, l'économie mondiale, et l'équilibre constitutionnel interne des États-Unis eux-mêmes. Chacune de ces dimensions mérite un examen attentif.
Faits clés — Au 4 mars 2026
28 fév. 2026 : Début des frappes américano-israéliennes sur Téhéran, Ispahan, Qom, Karaj et cinq autres villes
1er mars 2026 : Les médias d'État iraniens confirment la mort du Guide suprême Khamenei
2 mars 2026 : Mort confirmée de l'épouse de Khamenei ; le Hezbollah lance des missiles sur Israël ; le Liban entre à nouveau dans le conflit
Victimes : Au moins 555 morts en Iran (Croissant-Rouge iranien) ; 6 soldats américains tués au combat
Extension régionale : Des frappes iraniennes de représailles touchent Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar, l'Arabie saoudite, la Jordanie et Israël
Situation diplomatique : Fermeture de l'espace aérien sur une grande partie de la région ; les États-Unis conseillent à leurs ressortissants de quitter le Moyen-Orient
Le contexte juridique : une guerre sans autorisation du Congrès
Une rupture constitutionnelle sans précédent
La caractéristique la plus immédiatement frappante de ce conflit, d'un point de vue juridique, est la manière dont il a été engagé. Contrairement à la guerre du Golfe de 1991 — pour laquelle le président George H.W. Bush avait obtenu une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies et une autorisation explicite du Congrès — ou aux engagements en Afghanistan et en Irak après le 11 septembre, qui avaient fait l'objet d'un vote du Congrès, les frappes contre l'Iran ont été ordonnées unilatéralement par le président Trump, sans vote préalable du Congrès ni débat public sérieux.
Les constitutionnalistes n'ont pas tardé à pointer le problème. L'article II de la Constitution des États-Unis confère à l'exécutif de larges pouvoirs en tant que commandant en chef des armées, mais cette autorité a traditionnellement été interprétée comme permettant au président de repousser des attaques soudaines contre les États-Unis — non pas de déclencher une guerre préventive et préméditée contre un État souverain. Les propres agences de renseignement de l'administration Trump n'auraient trouvé aucune preuve qu'Iran planifiait de frapper en premier les forces américaines ; les auditions à huis clos du Pentagone devant le Congrès auraient confirmé l'absence de menace imminente.
La qualification juridique du conflit penche donc lourdement vers ce que les juristes du droit international et interne désignent comme une guerre de choix — ou, plus précisément dans le langage de la Charte des Nations unies, un acte d'agression. Plusieurs organes juridiques européens ont déjà employé cette terminologie, relevant que les frappes, en l'absence de toute prétention plausible à la légitime défense au titre de l'article 51 de la Charte, constitueraient vraisemblablement une violation de l'interdiction fondamentale du recours à la force consacrée par l'article 2, paragraphe 4.
La question du droit international humanitaire
La manière dont la campagne a été conduite soulève des questions tout aussi graves au regard du droit international humanitaire. Les signalements de frappes ayant tué plus de cent enfants dans une école primaire de filles en Iran ont suscité des enquêtes urgentes de la part de spécialistes du droit international et d'organisations de défense des droits humains. Le Guide suprême Khamenei, bien que chef d'un establishment politico-militaire, n'était pas lui-même un combattant au sens conventionnel du terme ; son assassinat ciblé soulève des questions au regard des règles régissant la conduite des hostilités, notamment l'interdiction des attaques contre des civils et le principe de distinction.
Plusieurs institutions juridiques internationales ont relevé que si ces allégations se vérifiaient, les États-Unis et Israël pourraient avoir commis des actes qualifiés de crimes de guerre par le droit international humanitaire. L'absence d'autorisation des Nations unies prive de toute justification fondée sur la sécurité collective les opérations menées, justification qui aurait pu partiellement couvrir certains de leurs objectifs.
« Emmener le pays en guerre sans autorisation du Congrès ni responsabilité publique constitue un nouveau pas vers la consolidation du pouvoir exécutif — en rupture profonde avec l'ordre constitutionnel. » — Déclaration de juristes, diffusée à la veille des frappes, février 2026
La dimension nucléaire : la non-prolifération à la croisée des chemins
Les faits tels qu'ils se présentaient
La justification publique de l'administration Trump pour ces frappes reposait de façon significative sur l'affirmation selon laquelle l'Iran avait relancé son programme d'armement nucléaire et développait des missiles balistiques capables d'atteindre les États-Unis. Or, la propre évaluation de la Defense Intelligence Agency pour 2025 concluait qu'il faudrait à l'Iran au moins une décennie pour développer des capacités de missiles balistiques intercontinentaux, et qu'il n'existait aucun programme actif de production d'armes nucléaires. Les frappes de juin 2025 sur les installations nucléaires iraniennes, conduites par Israël, avaient par ailleurs retardé d'environ deux ans les capacités nucléaires de l'Iran.
De manière particulièrement notable, dans les jours précédant immédiatement les frappes du 28 février, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi avait publiquement décrit les négociations nucléaires récentes comme potentiellement « historiques » et signalé la disposition de l'Iran à signer un accord de non-prolifération nucléaire complet. Des négociations indirectes facilitées par Oman au début du mois de février avaient été décrites par les deux parties comme un début prometteur. La décision de lancer des opérations militaires au beau milieu de ce qui apparaissait comme une ouverture diplomatique a suscité de vives critiques de la part des experts en contrôle des armements, qui estiment qu'elle a détruit toute perspective à court terme de résolution négociée du dossier nucléaire iranien.
Les conséquences à long terme pour la prolifération
Les implications stratégiques pour la non-prolifération mondiale sont profondément préoccupantes. La logique fondamentale de la diplomatie du contrôle des armements repose sur la crédibilité de l'offre faite aux États qui renoncent à leurs programmes d'armement ou les limitent : garanties de sécurité, allégement des sanctions, et intégration dans l'ordre international. Les États-Unis viennent de démontrer que l'engagement diplomatique avec Washington n'exclut pas une agression militaire soudaine — bien au contraire, qu'il peut en être le préalable.
La leçon que retirera un État comme la Corée du Nord — qui justifie depuis longtemps son arsenal nucléaire par le sort réservé aux États qui y ont renoncé — n'est pas de nature à rassurer. Si l'Iran, qui n'avait pas développé d'armes nucléaires et avait manifesté sa volonté de négocier, a néanmoins été soumis à des frappes militaires visant un changement de régime, le calcul rationnel de tout État envisageant une dissuasion nucléaire a basculé décisivement en faveur de son acquisition.
La dimension régionale : un Moyen-Orient transformé
Le théâtre militaire immédiat
La rapidité avec laquelle le conflit s'est propagé à travers la région dans les premiers jours de la campagne illustre à la fois la fragilité de l'architecture sécuritaire moyen-orientale et l'ampleur de la capacité iranienne résiduelle de représailles. Les frappes de représailles iraniennes — désignées Operation True Promise IV — ont visé des installations militaires et des infrastructures civiles à Bahreïn, aux Émirats arabes unis, au Koweït, au Qatar, en Jordanie, en Arabie saoudite et en Israël. Les six États membres du Conseil de coopération du Golfe ont été frappés. Le complexe de l'ambassade américaine en Arabie saoudite a été touché. Trois chasseurs américains ont été abattus par erreur par la défense antiaérienne koweïtienne.
Le front libanais s'est rouvert le 2 mars lorsque le Hezbollah — bien qu'affaibli par des années de pression militaire israélienne — a lancé une attaque de missiles sur Israël, provoquant une vague immédiate de frappes aériennes israéliennes de représailles sur la banlieue sud de Beyrouth. Le fragile accord de cessez-le-feu de 2024 s'est effectivement effondré.
Les États du Golfe : entre allégeance et vulnérabilité
Pour les monarchies du Golfe arabe, le conflit pose un dilemme d'une complexité extraordinaire. Ces États ont longtemps maintenu un équilibre délicat entre leur dépendance sécuritaire vis-à-vis des États-Unis et leur proximité géographique et économique avec l'Iran. Le fait que les six États du CCG aient désormais été frappés par des missiles iraniens de représailles — alors qu'aucun d'entre eux n'avait officiellement rejoint l'opération militaire — illustre la vulnérabilité profonde de petits États riches et très visibles dans un théâtre de guerre ouverte.
Le modèle traditionnel de la diplomatie des États du Golfe — construire la sécurité par la médiation, l'intégration économique et un équilibre prudent entre grandes puissances — se trouve soumis à une pression considérable. Oman et le Qatar, qui avaient servi d'intermédiaires essentiels dans les négociations nucléaires, ont tous deux subi des frappes en dépit de leurs rôles de médiateurs. L'incitation à poursuivre une telle diplomatie à l'avenir s'en trouve gravement amoindrie.
L'Irak, la Syrie et l'axe de la résistance
L'« axe de la résistance » iranien — le réseau de groupes armés alliés s'étendant du Liban à travers la Syrie et l'Irak jusqu'au Yémen — entre dans ce conflit dans un état considérablement affaibli par rapport aux précédents cycles d'affrontements. Le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban ont tous deux vu leurs capacités militaires substantiellement réduites par les campagnes de 2023 à 2025. La chute de Bachar el-Assad en Syrie a privé l'Iran d'un corridor terrestre critique vers ses alliés libanais.
Néanmoins, l'Irak demeure un théâtre d'influence iranienne active, et la perspective d'un État iranien affaibli ou en déliquescence pourrait paradoxalement créer des conditions d'instabilité accrue dans la vie politique et sécuritaire irakienne. Des analystes ont relevé qu'un Iran post-Khamenei sortant de ce conflit — épuisé, sans chef au sens conventionnel du terme, et profondément humilié — est plus susceptible de devenir une force déstabilisatrice qu'un partenaire coopératif dans la sécurité régionale.
Les conséquences économiques : pétrole, inflation et Sud global
Les marchés énergétiques sous pression aiguë
Le détroit d'Ormuz, par lequel transite quotidiennement environ un cinquième du pétrole mondial commercialisé, longe le littoral iranien. Toute tentative significative de l'Iran de miner, bloquer ou perturber le détroit constituerait un choc immédiat et sévère pour les marchés énergétiques mondiaux. La seule menace d'une telle perturbation a déjà exercé une pression haussière significative sur les prix du pétrole brut, aggravant les pressions inflationnistes que les grandes économies peinent à contenir depuis 2025.
Pour les économies importatrices d'énergie — catégorie qui englobe la quasi-totalité de l'Afrique subsaharienne, de l'Asie du Sud et du Sud-Est, et de larges pans de l'Amérique latine — un choc durable sur les prix du pétrole se traduirait directement par une hausse des coûts énergétiques, une augmentation des prix alimentaires par répercussion des coûts de transport et des engrais, et de potentielles crises de balance des paiements pour les pays dont les réserves de change sont déjà limitées.
L'exposition spécifique des économies émergentes
La Corée du Sud, par exemple, importe la quasi-totalité de son pétrole brut et environ trente pour cent de son gaz naturel du Moyen-Orient, en s'approvisionnant principalement auprès de l'Arabie saoudite, du Koweït, de l'Irak, du Qatar et des Émirats arabes unis. La Turquie, qui doit déjà faire face à une inflation avoisinant trente et un pour cent début 2026, risque de voir se creuser son déficit courant et de nouvelles pressions s'exercer sur la livre turque. L'Inde et le Japon, tous deux importateurs substantiels d'énergie du Golfe, ont émis des communiqués diplomatiques urgents appelant à la désescalade.
Pour les pays les moins avancés, qui gèrent déjà les séquelles cumulées de la pandémie de COVID-19, des crises mondiales des prix alimentaires de 2021 à 2023, et des perturbations climatiques récentes, la perspective d'une hausse prolongée des prix du pétrole représente un défi budgétaire existentiel. Les conséquences humanitaires, se déployant à plusieurs degrés du champ de bataille, pourraient en fin de compte s'avérer aussi significatives que les victimes directes du conflit.
« Donald Trump est peut-être sur le point de découvrir que les Américains ne soutiennent pas particulièrement une guerre susceptible d'aggraver leur coût de la vie, déjà élevé. » — Analystes du Stimson Center, 1er mars 2026
La dimension intérieure américaine : démocratie, pouvoirs de guerre et opinion publique
Une guerre contre l'opinion majoritaire
Des sondages réalisés en février 2026 ont révélé que seulement vingt et un pour cent des Américains approuvaient des frappes contre l'Iran, tandis que quarante-neuf pour cent les jugeaient inutiles et d'un coût prohibitif. Un autre sondage a établi que soixante-dix-sept pour cent des Américains estimaient que les États-Unis devraient concentrer leurs ressources sur les priorités intérieures plutôt que sur des engagements militaires à l'étranger. Le président Trump a engagé ce qui pourrait devenir un conflit long et coûteux en contradiction directe avec les préférences exprimées d'une large majorité de la population qu'il gouverne.
La crise constitutionnelle en gestation
Plusieurs membres du Congrès, des deux côtés de l'échiquier politique, ont contesté la légalité des frappes et invoqué la Résolution sur les pouvoirs de guerre de 1973, qui oblige le président à informer le Congrès dans les quarante-huit heures suivant l'engagement de forces dans des hostilités, et limite les engagements non autorisés à soixante jours en l'absence d'une autorisation du Congrès. L'administration Trump a jusqu'à présent refusé de reconnaître l'applicabilité de cette résolution, faisant valoir que l'autorité conférée par l'article II est suffisante.
Plus le conflit s'étire, plus cette tension constitutionnelle deviendra aiguë. Une guerre que l'exécutif mène sans mandat législatif, face à l'opposition de l'opinion publique, et sur la base d'affirmations factuelles ultérieurement contredites par les propres services de renseignement de l'administration, soumet l'ordre constitutionnel américain à l'une de ses épreuves les plus sérieuses depuis des décennies.
Les dimensions russe et chinoise : recompositions des alignements entre grandes puissances
La réponse de la Russie et de la Chine à la campagne américano-israélienne a été faite de condamnations formelles accompagnées d'une prudence pratique. La Russie, qui avait conduit des exercices navals conjoints avec l'Iran et la Chine dans le but de signaler un effet dissuasif, a été prise de court par l'ampleur et l'ambition des frappes initiales. Moscou avait calculé que l'action militaire, si elle venait, se limiterait aux installations nucléaires — non à une frappe de décapitation visant la direction suprême. Des analystes russes ont qualifié cet événement d'erreur d'appréciation profonde des intentions américaines.
La Chine, pour sa part, dispose d'intérêts énergétiques considérables en Iran et de préoccupations importantes quant au précédent établi : une grande puissance poursuivant ouvertement le renversement violent d'un gouvernement adverse, en dehors de tout cadre onusien, et sur la base d'affirmations de renseignement que ses propres agences ne soutiennent pas pleinement. Pékin et Moscou ont tous deux demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité. La question de savoir si l'une ou l'autre puissance traduira son opposition rhétorique en soutien matériel à l'Iran — risquant ainsi une confrontation directe avec les États-Unis — demeure l'inconnue stratégique pivot des semaines à venir.
Perspectives : ce qui vient ensuite
Les limites inhérentes de la puissance aérienne
Les stratèges militaires ont longtemps compris une vérité fondamentale qui semble risquer d'être réapprise à grands frais : les campagnes aériennes, aussi dévastatrices soient-elles, sont structurellement incapables de produire des résultats politiques à elles seules. La destruction des infrastructures, l'élimination des dirigeants et la neutralisation des défenses aériennes ne produisent pas automatiquement le soulèvement populaire que l'administration Trump a appelé de ses vœux auprès du peuple iranien. Les régimes autoritaires ont démontré historiquement une capacité à survivre et même à se consolider sous la pression militaire extérieure, canalisant le nationalisme et la psychologie de l'état de siège pour renouveler la soumission à l'autorité de l'État.
Le gouvernement iranien, qui a réussi à survivre au Mouvement vert de 2009, aux manifestations de 2019–2020, au soulèvement Femme Vie Liberté de 2022, et aux manifestations massives du début de 2026, possède une résilience ancrée dans le contrôle de l'appareil sécuritaire qui ne s'évaporera pas simplement sous les bombes. Une invasion terrestre pour mener à terme l'objectif de changement de régime — nécessitant des centaines de milliers de soldats, coûtant potentiellement des milliers de milliards de dollars sur plusieurs années, et faisant face à la perspective d'une insurrection que des spécialistes estiment susceptible de dépasser en intensité l'Irak post-2003 — ne recueille aucun soutien politique aux États-Unis, y compris au sein de la propre base électorale de l'administration Trump.
La transition post-Khamenei et ses incertitudes
L'assassinat du Guide suprême Khamenei constitue un tournant dans l'histoire iranienne d'une nature inédite depuis la Révolution islamique de 1979. Les mécanismes constitutionnels de succession dans la République islamique — transfert de l'autorité à un conseil de transition puis, à terme, à un nouveau guide suprême élu par l'Assemblée des experts — existent sur le papier mais n'ont jamais été mis à l'épreuve dans des conditions de guerre ouverte et de crise de régime. Le risque que le vide du pouvoir produise des violences factionnelles au sein de l'appareil d'État iranien, ou que les Gardiens de la révolution cherchent à s'emparer unilatéralement du contrôle, est réel et imprévisible.
Un Iran post-Khamenei épuisé, humilié, et gouverné par des durs à cuire ayant conclu que la seule voie de survie nationale passe par une acquisition nucléaire rapide pourrait s'avérer bien plus dangereux pour la sécurité régionale et mondiale que la République islamique que les États-Unis ont consacré des décennies à tenter de contenir. Le paradoxe de l'entreprise, comme l'ont relevé plusieurs analystes, est qu'en attaquant l'Iran au nom de la prévention de son accession au statut de puissance nucléaire, les États-Unis ont peut-être créé la plus puissante incitation concevable pour l'Iran — et pour les autres États observant ces événements — à poursuivre précisément cet objectif.
Conclusion : une épreuve pour l'ordre international
Le conflit qui a débuté le 28 février 2026 est, dans sa dimension la plus profonde, une épreuve pour l'ordre international fondé sur des règles, construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Cet ordre repose sur trois piliers dont l'intégrité se trouve mise en péril aigu par le conflit actuel : l'interdiction du recours à la force sauf en cas de légitime défense ou avec l'autorisation du Conseil de sécurité ; le régime de non-prolifération, qui dépend d'assurances crédibles selon lesquelles le respect des obligations de contrôle des armements n'invite pas à une attaque militaire ; et le principe de souveraineté des États, qui interdit aux puissances extérieures de poursuivre le renversement violent de gouvernements légitimes.
Aucun de ces principes n'a jamais été parfaitement respecté dans les décennies qui ont suivi 1945. Mais la manière ouverte, explicite et sans vergogne dont l'opération actuelle a été conduite — sans couverture juridique, sans consensus allié, sans même la prétention à un processus multilatéral — représente une rupture qualitative par rapport aux violations antérieures, dont la plupart s'accompagnaient au moins de gestes formels en direction d'une justification juridique.
Les conséquences de cette rupture ne se limiteront pas au Moyen-Orient. Elles seront absorbées par tout État qui doit désormais recalculer la fiabilité des normes juridiques internationales, la valeur de la diplomatie avec les États-Unis, et l'utilité dissuasive d'une capacité militaire non conventionnelle. Le conflit iranien de 2026 pourrait se révéler, rétrospectivement, l'un de ces moments charnières où la trajectoire du système international a bifurqué d'une façon qu'une génération entière mettra à comprendre pleinement.




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