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COUPE D'AFRIQUE DES NATIONS : ANALYSE JURIDIQUE DE LA RUPTURE DU LIEN CONTRACTUEL DE MARC BRYS




Une décision souveraine de la FECAFOOT au service de l'excellence du football camerounais

La réélection triomphale de Samuel Eto'o Fils à la présidence de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) le 29 novembre 2025, avec un score écrasant de 85 voix sur 87, a marqué un tournant décisif pour l'avenir du football camerounais. Auréolé de la confiance renouvelée des acteurs du football national et fort du soutien explicite de la FIFA et de la CAF dont les émissaires ont supervisé le scrutin, le président réélu a immédiatement pris les mesures qui s'imposaient pour redonner aux Lions Indomptables leurs lettres de noblesse. Face aux contre-performances persistantes de la sélection nationale – notamment l'échec cuisant de la qualification pour la Coupe du Monde 2026 –, le comité d'urgence de la FECAFOOT a décidé, le 1er décembre 2025, de mettre fin aux missions de Marc Brys et de nommer un nouveau staff technique vingt jours avant le coup d'envoi de la CAN 2025.


Cette décision courageuse, prise dans l'intérêt supérieur du football camerounais, a été actée par le Ministère des Sports qui, reconnaissant la prérogative statutaire de la fédération et sa compétence technique en la matière, a finalement accepté de "prendre acte" de cette rupture. Beaucoup s'attendaient à ce que cette décision ait un effet domino négatif et plonge l'équipe dans le chaos à quelques semaines d'une compétition majeure. Mais les prouesses remarquables des Lions Indomptables lors de la phase de poules de la CAN 2025 – qualifiés brillamment pour les quarts de finale avec un jeu séduisant et des résultats probants – ont réduit au silence les sceptiques et validé la clairvoyance de Samuel Eto'o. L'opinion nationale et internationale, initialement dubitative, ne peut que constater à ce stade de la compétition que le changement opéré était non seulement nécessaire mais salvateur.


La fin des missions de Marc Brys a néanmoins suscité diverses interprétations juridiques dans les médias et les cercles d'analystes. On a parlé de "limogeage", de "licenciement", de "révocation" – autant de termes juridiques qu'il convient d'examiner avec rigueur. Cependant, peut-on véritablement employer ces expressions lorsque la FECAFOOT n'était pas l'auteur du recrutement initial de Marc Brys ? Cette question mérite une analyse juridique approfondie qui révèle les subtilités du droit du travail camerounais et les compétences respectives des différentes institutions impliquées.


FIN DES MISSIONS DE L'EX-SÉLECTIONNEUR : NI LIMOGEAGE NI LICENCIEMENT, UNE QUESTION DE QUALIFICATION JURIDIQUE RIGOUREUSE


Définitions juridiques préliminaires : distinguer le licenciement du limogeage


Selon le vocabulaire juridique de référence et la jurisprudence constante des juridictions camerounaises, le licenciement désigne l'acte par lequel un employeur rompt unilatéralement le contrat de travail qui le lie à un salarié et met fin à ses fonctions. Cette définition, consacrée par l'article 34 du Code du Travail camerounais, présuppose l'existence d'une relation contractuelle directe d'employeur à employé. Le licenciement implique nécessairement trois éléments cumulatifs : (1) un lien de subordination juridique préexistant, (2) une décision unilatérale de l'employeur de rompre ce lien, et (3) le versement, le cas échéant, des indemnités prévues par la loi ou le contrat.


Le limogeage, quant à lui, relève d'une terminologie plus politique qu'strictement juridique. Il désigne l'action de destituer, démettre brutalement et immédiatement une personne de ses fonctions et de ses responsabilités, généralement pour des motifs discrétionnaires. Le limogeage s'applique traditionnellement aux hauts fonctionnaires nommés par décret ou aux titulaires de fonctions politiques qui peuvent être révoqués ad nutum – c'est-à-dire à la discrétion de l'autorité de nomination sans qu'il soit nécessaire de justifier cette décision par des motifs objectifs. Le limogeage présuppose donc que l'autorité qui limoge soit celle qui a nommé, en vertu du principe parallélisme des formes et des compétences.


L'inapplicabilité de ces qualifications au cas de Marc Brys : une relation tripartite complexe


Marc Brys a été recruté en avril 2024 par le Ministère des Sports et de l'Éducation Physique, dirigé par le Professeur Narcisse Mouelle Kombi, après une bataille institutionnelle dont les médias se sont largement fait l'écho. Cette nomination est intervenue dans un contexte où l'État camerounais, principal bailleur de fonds du football national et garant de la politique sportive du pays, estimait nécessaire d'exercer sa prérogative souveraine pour redresser les résultats décevants de l'équipe nationale. Le contrat de travail de Brys a été conclu avec l'État camerounais, représenté par le Ministère des Sports. Sa rémunération provenait du budget de l'État, et non des caisses de la FECAFOOT. Sur le plan juridique strict, l'employeur de Marc Brys était donc l'État camerounais.


Dans ce contexte, parler de "licenciement" de la part de la FECAFOOT est juridiquement inapproprié. La fédération n'a jamais été l'employeur de Marc Brys au sens du droit du travail. Elle n'a jamais signé de contrat de travail avec lui. Elle n'a jamais assumé le versement de sa rémunération. Elle n'a jamais exercé, formellement du moins, le pouvoir de subordination juridique qui caractérise la relation employeur-employé. Utiliser le terme "licenciement" dans ce contexte relève de l'abus de langage et crée une confusion conceptuelle dommageable à la compréhension rigoureuse des enjeux juridiques.


De même, le terme "limogeage" est tout aussi inapproprié, encore moins applicable. Le limogeage présuppose qu'une autorité révoque une personne qu'elle a préalablement nommée. Or, la FECAFOOT n'a jamais nommé Marc Brys. Bien au contraire, sa nomination a été imposée à la fédération par le Ministère des Sports dans des conditions que Samuel Eto'o a publiquement dénoncées comme une violation de l'autonomie statutaire de la FECAFOOT. Comment une institution pourrait-elle "limoger" quelqu'un qu'elle n'a jamais choisi et dont elle a contesté la légitimité dès l'origine ? L'utilisation du terme "limogeage" confère à la FECAFOOT une responsabilité dans la nomination initiale qu'elle n'a jamais eue et qu'elle a constamment récusée.


La situation de Marc Brys s'inscrit donc dans une configuration juridique atypique qui ne correspond à aucune des qualifications classiques du droit du travail. Cette complexité résulte de l'enchevêtrement des compétences entre l'État, qui finance et nomme, et la fédération, qui utilise et dirige techniquement. Cette zone grise institutionnelle mérite une analyse plus approfondie pour identifier la qualification juridique appropriée.


LA NATURE JURIDIQUE DE LA RUPTURE DU LIEN CONTRACTUEL : REVERSEMENT OU RENVOI ?


L'hypothèse du reversement : une qualification séduisante mais juridiquement inopérante


Si Marc Brys n'a été ni licencié ni limogé par la FECAFOOT, quelle qualification juridique convient-il d'appliquer à la rupture du lien qui l'unissait à ses fonctions de sélectionneur national ? Deux concepts méritent un examen attentif : le reversement et le renvoi.


On parle de reversement dans le contexte de la fonction publique lorsqu'un agent public, relevant du Code du Travail ou du statut général de la fonction publique, est placé en position de mise à disposition auprès d'une entité utilisatrice. Le reversement désigne l'opération par laquelle cet agent est réintégré dans son administration d'origine à l'issue de sa période de mise à disposition ou lorsque l'entité utilisatrice décide de mettre fin prématurément à cette mise à disposition. Le reversement n'est pas une sanction disciplinaire ; il constitue simplement la conséquence logique et normale de la fin d'une mise à disposition, que celle-ci arrive à son terme naturel ou fasse l'objet d'une résiliation anticipée.


Pour qu'on puisse juridiquement parler de reversement dans le cas de Marc Brys, il aurait fallu que les dispositions de l'article 26 alinéa 6 du Code du Travail camerounais soient scrupuleusement respectées. Cet article dispose en effet : "Un contrat de mise à disposition doit être conclu par écrit entre ce dernier [l'agent mis à disposition] et l'entreprise de travail temporaire. Sa durée ne peut excéder un an avec le même utilisateur."


Cette disposition légale établit un cadre juridique précis pour les situations de mise à disposition, imposant trois exigences cumulatives : (1) l'existence d'un contrat écrit formalisant la mise à disposition, (2) la signature de ce contrat entre l'agent concerné et l'entité utilisatrice, et (3) une durée maximale d'un an pour l'utilisation par un même utilisateur, au-delà de laquelle la mise à disposition doit être soit renouvelée formellement, soit transformée en embauche directe, soit prendre fin.


L'absence de contrat de mise à disposition : un vide juridique révélateur


En principe, après la conclusion d'un contrat de mission entre l'agent et l'État employeur, la procédure correcte exigerait la signature d'un second acte juridique : un contrat de mise à disposition entre l'agent et l'entité utilisatrice. En d'autres termes, l'architecture juridique idéale aurait dû se déployer en plusieurs étapes successives :


Première étape : L'État recrute Marc Brys comme agent public en qualité de sélectionneur national, établissant avec lui un contrat de travail classique où le Ministère des Sports est l'employeur et Brys l'employé. Cette étape a été effectivement réalisée en avril 2024 par la signature d'un contrat entre Brys et le Minsep.


Deuxième étape : Un contrat de mise à disposition devrait être conclu entre Marc Brys (l'agent mis à disposition) et la FECAFOOT (l'entité utilisatrice), conformément aux exigences impératives de l'article 26 alinéa 6 du Code du Travail. Ce contrat définirait précisément les conditions d'exercice de ses fonctions au sein de la fédération, ses obligations techniques envers celle-ci, les modalités de coordination avec le comité exécutif, et les conditions de fin anticipée de la mise à disposition.


Troisième étape : Parallèlement ou préalablement, une convention de mise à disposition devrait être signée entre l'État employeur (le Ministère des Sports) et l'entité utilisatrice (la FECAFOOT), précisant notamment les modalités financières de l'opération, le partage éventuel des coûts salariaux, et les responsabilités respectives des deux parties en cas de litige.


Or, force est de constater que cette architecture juridique n'a jamais été mise en place. Certes, l'État a bien recruté Marc Brys – la première étape a été accomplie. Mais les étapes subséquentes, pourtant essentielles à la sécurisation juridique de la relation tripartite, n'ont jamais été formalisées. Il n'existe aucune trace d'un contrat de mise à disposition en bonne et due forme entre Marc Brys et la FECAFOOT. Il n'existe pas davantage de convention formalisée entre le Ministère des Sports et la fédération précisant les termes de cette mise à disposition.


Cette carence documentaire n'est pas anecdotique ; elle révèle un vice fondamental dans la gestion de cette relation de travail. La mise à disposition de Marc Brys s'est donc faite de facto, c'est-à-dire sur la base d'arrangements informels, de compromis politiques précaires, et de rapports de force institutionnels, plutôt que sur une base juridique solide et contractualisée. On se trouve face à ce que les juristes qualifient de "mise à disposition de fait" – une expression qui n'a aucune existence légale et qui place l'agent dans une position de vulnérabilité extrême, privé des protections que lui accorderait un cadre contractuel formalisé.


Conséquences juridiques : le renvoi comme qualification appropriée


Dès lors que Marc Brys n'était pas lié à la FECAFOOT par un contrat de mise à disposition régulièrement établi, il ne peut juridiquement pas être question de "reversement" au sens technique et rigoureux de ce terme. On ne peut reverser à une administration centrale un agent qui n'a jamais été formellement placé en position de mise à disposition par un acte juridique approprié. La procédure de reversement présuppose l'existence préalable d'une architecture contractuelle qui fait précisément défaut dans ce cas.


Si un contrat de mise à disposition avait existé, et que la FECAFOOT avait décidé de mettre fin à cette mise à disposition conformément aux clauses résolutoires prévues dans le contrat, alors – et alors seulement – on aurait pu parler de reversement. L'agent aurait été réintégré dans son administration d'origine (le Ministère des Sports) avec un nouveau poste attribué ou en attente d'affectation, mais demeurant employé de l'État avec tous les droits afférents. Mais tel n'est manifestement pas le cas.


La qualification juridique la plus appropriée est donc celle de "renvoi" : Marc Brys a été renvoyé à son entité centrale, c'est-à-dire l'État camerounais. Ce renvoi ne constitue pas nécessairement une sanction disciplinaire ; il traduit simplement la décision unilatérale de la FECAFOOT de ne plus recourir aux services d'un agent qu'elle n'avait jamais choisi, qu'elle n'employait pas formellement, mais avec lequel elle avait néanmoins dû travailler pendant huit mois dans des conditions institutionnelles difficiles.


Juridiquement parlant, Marc Brys n'a jamais été employé de la FECAFOOT. Cette affirmation, qui peut sembler paradoxale étant donné qu'il exerçait quotidiennement les fonctions de sélectionneur national sous l'autorité technique de la fédération, reflète pourtant une réalité juridique incontestable. L'absence de contrat de travail entre Brys et la FECAFOOT signifie que celle-ci n'avait envers lui aucune des obligations qui incombent normalement à un employeur, et inversement, que Brys ne pouvait se prévaloir envers la fédération d'aucun des droits que lui accorderait la qualité de salarié.


LA COMPÉTENCE DE LA FECAFOOT POUR ROMPRE LES LIENS : L'ARTICLE 40 DES STATUTS COMME FONDEMENT JURIDIQUE


Le principe de l'autonomie fédérale et ses fondements statutaires


Une question juridique cruciale se pose alors : la FECAFOOT pouvait-elle légitimement rompre les liens avec Marc Brys malgré l'absence de relation contractuelle formalisée entre eux ? Cette interrogation nous conduit au cœur du débat sur l'autonomie des fédérations sportives et les prérogatives qu'elles tirent de leurs statuts.


L'article 40 des statuts de la FECAFOOT, adopté conformément aux exigences de la FIFA et de la CAF et approuvé par l'assemblée générale de la fédération, dispose clairement que le comité exécutif de la FECAFOOT détient la compétence pour nommer, recruter, et mettre fin aux missions de tout entraîneur des sélections nationales. Cette disposition statutaire n'est pas anodine ; elle reflète un principe cardinal de la gouvernance sportive internationale : l'autonomie des fédérations nationales dans la gestion technique et administrative de leurs équipes.


Cette autonomie est garantie par l'article 14 des Statuts de la FIFA, qui prohibe explicitement toute ingérence gouvernementale dans les affaires des fédérations membres. La FIFA a démontré à maintes reprises sa détermination à faire respecter ce principe, allant jusqu'à suspendre des fédérations nationales lorsque leurs gouvernements tentaient d'imposer des tutelles administratives ou de contrôler les nominations aux postes clés. Cette doctrine de la non-ingérence vise à préserver l'intégrité et l'indépendance du sport face aux instrumentalisations politiques.


Dans le cas d'espèce, l'assemblée générale élective de la FECAFOOT du 29 novembre 2025 s'est tenue en présence et sous la supervision d'émissaires officiels de la FIFA et de la CAF, conférant ainsi une légitimité internationale incontestable au nouveau mandat de Samuel Eto'o. Ces instances mondiales et continentales ont ainsi implicitement validé l'autonomie de la fédération camerounaise et sa capacité à prendre souverainement les décisions relevant de sa compétence statutaire, y compris celle de réorganiser son staff technique à l'approche d'une compétition majeure.


L'exercice légitime d'une prérogative statutaire au service de l'intérêt supérieur du football camerounais


Lorsque le comité d'urgence de la FECAFOOT, réuni le 1er décembre 2025 sous la présidence de Samuel Eto'o fraîchement réélu, a décidé de mettre fin aux missions de Marc Brys, il a exercé une prérogative qui lui est expressément reconnue par l'article 40 des statuts. Cette décision n'était pas arbitraire ni capricieuse ; elle reposait sur un faisceau de considérations techniques, institutionnelles et sportives mûrement pesées.


Le communiqué officiel de la FECAFOOT a énuméré une série de manquements graves reprochés à Marc Brys depuis sa nomination en avril 2024 : refus de communiquer ses programmes d'entraînement à la fédération, absence de transmission régulière de rapports techniques, collaboration avec des "personnes inconnues de la FECAFOOT" qui court-circuitaient les circuits officiels, attitudes d'insubordination répétées envers l'autorité fédérale, incitation présumée des joueurs à la défiance envers leur propre fédération, et soustraction systématique aux obligations protocolaires telles que les conférences de presse officielles encadrées par la fédération.


Ces reproches, s'ils sont avérés – et la fédération dispose assurément de la documentation nécessaire pour les étayer –, constituent des violations manifestes des obligations déontologiques élémentaires de tout sélectionneur national. Un entraîneur, aussi compétent soit-il techniquement, ne peut prétendre exercer ses fonctions en s'affranchissant de toute coordination avec l'institution qui l'emploie (ou dans ce cas, qui l'utilise). Le refus de rendre compte, de communiquer, de collaborer avec les instances officielles ne relève pas de l'indépendance technique légitime d'un coach ; il confine à l'insubordination institutionnelle qui rend impossible toute gestion cohérente d'une équipe nationale.


Plus fondamentalement, l'échec cuisant de la qualification pour la Coupe du Monde 2026 – objectif prioritaire assigné à Marc Brys lors de sa nomination – constituait un motif objectif et légitime de remise en cause de sa mission. Le Cameroun, nation de football au palmarès africain prestigieux (cinq titres continentaux), ne pouvait se satisfaire d'une élimination en barrages face à la République Démocratique du Congo, aussi respectable soit cette dernière sélection. Les conséquences financières et symboliques de cet échec pour le football camerounais sont considérables : perte de revenus liés à la participation au Mondial, atteinte à l'image de marque des Lions Indomptables, déception immense d'une population passionnée de football.


Dans ce contexte, la décision du comité exécutif de la FECAFOOT de procéder à un changement de staff technique à vingt jours de la CAN 2025 – décision certes risquée et qui a suscité de nombreuses interrogations – apparaît rétrospectivement comme un pari audacieux mais visionnaire. Les résultats obtenus par les Lions Indomptables lors de la phase de poules sous la direction du nouveau staff dirigé par David Pagou parlent d'eux-mêmes : qualification confortable pour les quarts de finale, jeu offensif séduisant, cohésion retrouvée au sein du groupe, et surtout, une atmosphère de travail assainie, débarrassée des tensions institutionnelles qui plombaient l'équipe sous l'ère Brys.


La validation tacite par l'État : le Ministère des Sports "prend acte"


Un élément juridiquement significatif mérite d'être souligné : le Ministère des Sports, employeur formel de Marc Brys, a finalement "pris acte" de la décision de la FECAFOOT et a officiellement confié les Lions Indomptables à la fédération pour la CAN 2025. Cette formulation, qui peut sembler diplomatiquement neutre, revêt en réalité une portée juridique importante.


En "prenant acte", le Professeur Narcisse Mouelle Kombi, ministre des Sports et de l'Éducation Physique, a implicitement reconnu la légitimité de la compétence de la FECAFOOT en la matière. Il n'a pas contesté la décision devant les tribunaux. Il n'a pas réaffecté Marc Brys à d'autres fonctions au sein du Ministère. Il n'a pas dénoncé une violation de contrat ou une atteinte aux prérogatives de l'État. Cette non-contestation, dans le contexte juridique camerounais, équivaut à une validation tacite.


Le ministre a d'ailleurs, dans sa déclaration publique du 10 décembre 2025, dressé un bilan globalement positif du passage de Marc Brys : "Avec l'avènement de l'entraîneur sélectionneur Marc Brys et de son staff mis à la disposition de la FECAFOOT par l'État sur très hautes directives du Président de la République, cet objectif de performance a été atteint avec des résultats remarquables, à savoir 17 matchs joués, 9 victoires, 6 matchs nuls et seulement deux défaites." Tout en saluant les résultats chiffrés, le ministre a néanmoins accepté que la fédération, dans l'exercice de ses prérogatives statutaires et face aux défis spécifiques de la CAN imminente, procède au changement de staff qu'elle jugeait nécessaire.

Cette attitude pragmatique du Ministère des Sports reflète une compréhension mature des équilibres institutionnels dans le sport camerounais. L'État finance largement le football national, certes, et il est légitime qu'il ait son mot à dire sur les grandes orientations. Mais la gestion technique quotidienne, le choix des staffs, les décisions tactiques doivent relever de la compétence exclusive de la fédération, seule instance disposant de l'expertise sportive nécessaire et de la légitimité statutaire pour prendre ces décisions. Tout autre arrangement créerait une confusion des responsabilités néfaste à la performance sportive.


LA JUSTIFICATION SPORTIVE : QUAND LES RÉSULTATS VALIDENT LA DÉCISION


Les limites du bilan statistique de Marc Brys


Les défenseurs de Marc Brys ont abondamment mis en avant son bilan chiffré : sur 17 matchs dirigés, le technicien belge affichait 9 victoires, 6 matchs nuls et seulement 2 défaites, soit un ratio de 69% de matchs sans défaite. Ces statistiques, prises isolément, semblent effectivement plaider pour un maintien du sélectionneur. Comment justifier le limogeage d'un entraîneur qui affiche un tel pourcentage de réussite ?


Cette lecture purement statistique occulte cependant une réalité sportive plus nuancée et finalement plus révélatrice. Les deux défaites concédées par Marc Brys étaient précisément les matchs qui comptaient le plus dans son mandat : la défaite face au Cap-Vert lors des qualifications, et surtout la défaite cruciale de 1-0 face à la RDC en barrage de qualification pour la Coupe du Monde 2026, match qui a scellé l'élimination du Cameroun du Mondial. En football, tous les matchs ne se valent pas. Enchaîner des victoires contre des sélections modestes lors de matchs de qualification où le Cameroun part largement favori est une chose ; gagner les matchs à enjeu élevé face à des adversaires de qualité comparable en est une autre.


L'analyse qualitative des performances révèle également que l'équipe camerounaise sous Marc Brys, malgré ses résultats honorables, n'affichait pas un jeu convaincant ni une identité tactique claire. Les observateurs avertis notaient une certaine pauvreté dans l'animation offensive, une dépendance excessive à quelques individualités, et surtout, une absence de cohésion collective qui laissait craindre le pire face à des adversaires de haut niveau lors de la CAN. Le football moderne exige bien plus que des résultats comptables ; il requiert un projet de jeu identifiable, une progression collective visible, et une capacité à élever son niveau lors des grands rendez-vous.


La renaissance sportive sous le nouveau staff : la validation éclatante de la décision d'Eto'o


Le test de vérité s'est finalement imposé sur le terrain lors de la CAN 2025 au Maroc. Les prouesses remarquables des Lions Indomptables lors de la phase de groupes, qualifiés pour les quarts de finale avec panache, ont magistralement validé la décision courageuse de Samuel Eto'o. L'équipe a affiché un jeu offensif résolument tourné vers l'avant, une cohésion collective retrouvée, et surtout, une sérénité mentale qui contraste singulièrement avec le climat délétère qui prévalait sous l'ère Brys.


Les joueurs eux-mêmes, dans leurs déclarations publiques, ont exprimé leur satisfaction de travailler dans un environnement assaini, débarrassé des tensions institutionnelles qui parasitaient leur préparation. Vincent Aboubakar, capitaine emblématique des Lions, a sobrement déclaré : "Nous sommes concentrés sur notre football. L'ambiance dans le groupe est excellente et nous voulons aller le plus loin possible dans cette compétition." Cette sérénité retrouvée n'est pas le fruit du hasard ; elle résulte directement de la clarification institutionnelle opérée par la FECAFOOT.


L'opinion nationale et internationale, initialement sceptique voire critique face au changement de dernière minute, a été contrainte de reconnaître le bien-fondé de la décision. Les médias camerounais, qui avaient largement relayé les protestations de Marc Brys et ses accusations d'illégalité, ont dû constater que l'équipe se portait manifestement mieux sans lui. Les supporters, qui craignaient le chaos, ont retrouvé le plaisir de soutenir une équipe performante et attachante. Les partenaires commerciaux et institutionnels de la FECAFOOT, qui s'inquiétaient des retombées négatives de la crise, ont été rassurés par les résultats sportifs probants.


Cette validation par les faits constitue la meilleure réponse aux critiques juridiques ou morales qui avaient fusé lors de l'annonce du limogeage de Brys. En football comme en politique, les résultats demeurent le juge de paix ultime. Samuel Eto'o, en tant que président réélu avec un mandat renforcé, a pris ses responsabilités et a procédé aux changements qu'il estimait nécessaires dans l'intérêt supérieur du football camerounais. Les performances de l'équipe lui donnent raison et justifient rétrospectivement l'audace de sa décision.


UNE DÉCISION JURIDIQUEMENT FONDÉE ET SPORTIVEMENT VALIDÉE


L'analyse juridique approfondie de la rupture du lien contractuel entre Marc Brys et ses fonctions de sélectionneur des Lions Indomptables révèle une situation complexe mais finalement cohérente. Sur le plan du droit du travail, Marc Brys n'a été ni licencié ni limogé par la FECAFOOT, pour la simple raison que la fédération n'était pas son employeur et ne l'avait jamais nommé. Il a été "renvoyé" à son entité employeuse centrale – l'État camerounais – suite à une décision souveraine de la FECAFOOT fondée sur l'article 40 de ses statuts qui lui confère la compétence exclusive pour gérer les staffs techniques des sélections nationales.


Cette compétence, reconnue par les statuts de la FIFA et validée par la présence d'émissaires internationaux lors de la réélection de Samuel Eto'o, s'inscrit dans le principe cardinal de l'autonomie des fédérations sportives. L'absence de contrat de mise à disposition formalisé entre Brys et la FECAFOOT, bien que regrettable sur le plan de la sécurité juridique, ne prive pas la fédération de sa prérogative statutaire de décider qui dirige ses équipes nationales.


Le Ministère des Sports, en "prenant acte" de cette décision, a implicitement reconnu la légitimité de la compétence fédérale et a choisi la voie du pragmatisme institutionnel plutôt que celle de l'affrontement juridique ou institutionnel, dont les conséquences auraient été préjudiciables tant à la préparation de la sélection qu’à l’image du Cameroun sur la scène sportive internationale.


Au-delà des controverses sémantiques et des débats passionnés, cette affaire met surtout en lumière une nécessité impérieuse de clarification des rapports entre l’État et la FECAFOOT. La coexistence de compétences financières étatiques et de prérogatives techniques fédérales ne peut durablement reposer sur des arrangements informels ou des équilibres politiques précaires. Elle appelle une contractualisation rigoureuse, respectueuse à la fois du droit du travail camerounais et des exigences de gouvernance sportive internationale, afin d’éviter que de telles zones grises ne se reproduisent à l’avenir.


Pour autant, en l’état du droit et des faits, la décision de la FECAFOOT apparaît juridiquement fondée, statutairement légitime et sportivement validée. Elle s’inscrit dans l’exercice normal de l’autonomie fédérale, consacrée par les textes nationaux et internationaux, et répond à l’impératif de performance qui incombe à toute institution sportive chargée de représenter une nation à haut niveau.


En définitive, l’affaire Marc Brys ne révèle pas un arbitraire institutionnel, mais les limites d’un système hybride mal formalisé. Elle rappelle que le droit du sport, loin d’être un droit mineur, exige rigueur, anticipation et cohérence. Et surtout, elle démontre qu’en matière de football de haut niveau, la légalité des décisions ne s’apprécie pas seulement à l’aune des contrats, mais aussi à celle des statuts, des compétences et de l’intérêt supérieur du jeu.

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