LE BÉNIN REMPORTE LE CONCOURS GÉNIES EN HERBE OHADA 2025 : QUAND LA JEUNESSE AFRICAINE S'APPROPRIE LE DROIT DES AFFAIRES
- Me. Melvin James BIYELE

- 1 déc. 2025
- 8 min de lecture

Le samedi 15 novembre 2025, au terme d'une compétition intellectuelle intense qui s'est déroulée entièrement en ligne du 10 au 15 novembre, l'équipe représentant le Bénin a été sacrée championne de la 16e édition du Concours international Génies en Herbe OHADA. Cette victoire, annoncée avec fierté par le Club OHADA Bénin, couronne une performance remarquable des jeunes juristes béninois face à leurs homologues du Mali, de la Côte d'Ivoire et d'autres États membres de l'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires. Au-delà de la dimension sportive et compétitive, cet événement revêt une importance juridique et pédagogique considérable : il témoigne de l'appropriation progressive du droit OHADA par la nouvelle génération de juristes africains et contribue à l'ancrage d'une culture juridique commune dans l'espace OHADA.
Le Concours Génies en Herbe OHADA : genèse et évolution d'un instrument pédagogique unique
Pour comprendre la portée de cet événement, il convient d'abord de retracer la genèse et l'évolution du Concours Génies en Herbe OHADA. Créé en 2009 à l'initiative du Secrétariat permanent de l'OHADA et de plusieurs universités africaines, ce concours s'inspire du célèbre jeu télévisé québécois Génies en Herbe, adaptation francophone du format américain Quiz Bowl. L'objectif était de créer un outil pédagogique ludique et attractif permettant aux étudiants en droit de se familiariser avec les Actes uniformes OHADA et de développer une expertise dans ce domaine spécialisé du droit des affaires.
Le format du concours repose sur des épreuves de questions-réponses portant sur l'ensemble des neuf Actes uniformes adoptés par l'OHADA : droit commercial général, droit des sociétés commerciales et du groupement d'intérêt économique, droit des sûretés, procédures simplifiées de recouvrement et voies d'exécution, procédures collectives d'apurement du passif, droit de l'arbitrage, droit comptable, transport de marchandises par route, et sociétés coopératives. Les questions couvrent à la fois les aspects théoriques (connaissance des textes, jurisprudence de la CCJA, doctrine) et les aspects pratiques (résolution de cas pratiques, conseil juridique simulé).
Les équipes participantes, généralement composées de trois à cinq étudiants issus des facultés de droit ou des écoles de commerce, doivent démontrer non seulement leur maîtrise technique des textes OHADA, mais également leur capacité à raisonner juridiquement, à argumenter de manière convaincante et à travailler en équipe sous pression. Le concours se déroule en plusieurs phases : sélections nationales dans chaque pays participant, regroupements régionaux, demi-finales et finale internationale.
Depuis sa création en 2009, le Concours Génies en Herbe OHADA a connu une expansion remarquable. Parti de quelques pays pionniers (Sénégal, Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire), il s'est progressivement étendu à la quasi-totalité des dix-sept États membres de l'OHADA. Chaque année, ce sont des centaines d'étudiants qui participent aux sélections nationales, témoignant de l'attrait croissant du droit OHADA auprès de la jeunesse africaine.
L'édition 2025 : une première historique avec un format entièrement numérique
L'édition 2025 du Concours Génies en Herbe OHADA marque un tournant historique : pour la première fois dans l'histoire de la compétition, l'intégralité des épreuves s'est déroulée en ligne, du 10 au 15 novembre 2025. Cette adaptation au format numérique constitue une innovation majeure qui répond à plusieurs impératifs.
D'abord, un impératif financier et logistique. L'organisation d'une compétition internationale regroupant physiquement des équipes venues de dix-sept pays différents représente un coût considérable : frais de transport international, hébergement des participants pendant plusieurs jours, location de salles de compétition, organisation de cérémonies officielles. Ces coûts, assumés conjointement par le Secrétariat permanent de l'OHADA, les États membres et les partenaires privés, pèsent lourdement sur le budget du concours et limitent sa fréquence et sa portée.
Le format numérique permet de réduire drastiquement ces coûts en supprimant les frais de déplacement et d'hébergement. Les équipes peuvent participer depuis leur pays d'origine, connectées via des plateformes de visioconférence sécurisées. Cette économie budgétaire ouvre la possibilité d'organiser le concours plus fréquemment, d'augmenter le nombre d'équipes participantes, ou de consacrer les ressources économisées à d'autres activités de promotion du droit OHADA.
Ensuite, un impératif d'accessibilité et d'inclusion. Le format physique traditionnel posait des problèmes d'accessibilité pour certains étudiants, notamment ceux issus d'universités éloignées des capitales ou disposant de ressources limitées. Les formalités administratives liées aux voyages internationaux (obtention de visas, de passeports, de certificats sanitaires) constituaient également des obstacles. Le format numérique abolit ces barrières et permet à davantage d'étudiants de participer, indépendamment de leur localisation géographique ou de leurs ressources financières.
Enfin, un impératif de modernisation et d'adaptation aux pratiques de la génération numérique. Les étudiants d'aujourd'hui sont nés et ont grandi dans l'ère digitale. Ils sont parfaitement à l'aise avec les outils de communication numérique et attendent des événements qu'ils soient adaptés aux standards technologiques contemporains. En adoptant un format entièrement numérique, le Concours Génies en Herbe OHADA se modernise et démontre sa capacité à s'adapter aux évolutions technologiques et sociétales.
Toutefois, cette transition vers le numérique n'est pas exempte de défis. Le principal concerne l'égalité des chances entre participants. Tous les étudiants n'ont pas accès aux mêmes infrastructures numériques. Les connexions internet sont inégales selon les pays et même selon les régions d'un même pays. Certaines universités disposent d'équipements de visioconférence professionnels, tandis que d'autres doivent se contenter de connexions domestiques instables. Ces inégalités numériques risquent de fausser la compétition en désavantageant les équipes issues de zones moins bien connectées.
Pour atténuer ce risque, les organisateurs du concours ont vraisemblablement pris des mesures techniques : tests de connexion préalables, protocoles de secours en cas de déconnexion, adaptation des modalités d'épreuve pour minimiser l'impact des latences de connexion. Malgré ces précautions, l'égalité parfaite des conditions de compétition reste un idéal difficile à atteindre dans un espace géographique aussi vaste et technologiquement hétérogène que l'espace OHADA.
La victoire du Bénin : fruit d'une politique volontariste de formation au droit OHADA
La victoire de l'équipe béninoise le 15 novembre 2025 n'est pas le fruit du hasard. Elle s'inscrit dans une tradition d'excellence du Bénin en matière de droit OHADA et reflète une politique volontariste de formation juridique menée par les universités et les clubs OHADA du pays.
Le Bénin fait partie des pays pionniers de l'OHADA, ayant ratifié le Traité de Port-Louis dès 1993. Depuis lors, le pays s'est distingué par son engagement constant en faveur de l'harmonisation juridique et par ses efforts pour intégrer le droit OHADA dans les curricula universitaires. Les facultés de droit béninoises, notamment celle de l'Université d'Abomey-Calavi, ont développé des programmes de formation spécialisés en droit OHADA, allant de la licence au doctorat.
Le Club OHADA Bénin, structure associative regroupant étudiants, enseignants et praticiens du droit, joue un rôle essentiel dans la promotion et la diffusion du droit des affaires unifié. Créé au début des années 2000, le Club organise régulièrement des conférences, des ateliers pratiques, des séminaires de formation et des simulations de procès portant sur l'application des Actes uniformes. Ces activités permettent aux étudiants d'approfondir leurs connaissances théoriques et de développer des compétences pratiques essentielles pour leur future carrière professionnelle.
La préparation au Concours Génies en Herbe constitue un moment fort de l'activité du Club. Plusieurs mois avant la compétition, les étudiants intéressés suivent un programme intensif de révision des Actes uniformes, de résolution de cas pratiques et de simulations d'épreuves. Des enseignants spécialisés et des praticiens expérimentés encadrent cette préparation, partageant leur expertise et leurs conseils. Les sélections nationales, organisées dans une ambiance à la fois studieuse et conviviale, permettent d'identifier les meilleurs éléments qui représenteront le pays au niveau international.
Cette victoire du 15 novembre 2025 est donc le fruit d'un travail collectif de longue haleine, impliquant les étudiants bien sûr, mais également les enseignants, les membres du Club OHADA Bénin, les autorités universitaires et les partenaires publics et privés qui soutiennent financièrement ces initiatives. Elle témoigne de la vitalité de la communauté juridique béninoise et de son attachement au projet d'intégration juridique régionale porté par l'OHADA.
Les implications pédagogiques : former une nouvelle génération de juristes OHADA
Au-delà de la dimension compétitive et festive, le Concours Génies en Herbe OHADA remplit une fonction pédagogique essentielle : il contribue à former une nouvelle génération de juristes parfaitement à l'aise avec le droit des affaires unifié et capables de conseiller efficacement les entreprises opérant dans l'espace OHADA.
La maîtrise du droit OHADA constitue aujourd'hui une compétence professionnelle indispensable pour tout juriste africain souhaitant travailler dans le domaine des affaires. Les entreprises, qu'elles soient locales ou multinationales, ont besoin de conseils juridiques sur l'application des Actes uniformes, que ce soit pour structurer leurs opérations, sécuriser leurs transactions, gérer leurs contentieux ou se conformer aux obligations comptables et fiscales. Les cabinets d'avocats, les départements juridiques d'entreprises, les juridictions commerciales et les institutions d'arbitrage recherchent activement des juristes maîtrisant parfaitement le droit OHADA.
Or, malgré les efforts d'intégration du droit OHADA dans les programmes universitaires, force est de constater que de nombreux étudiants arrivent sur le marché du travail avec une connaissance superficielle et fragmentaire des Actes uniformes. Le droit OHADA est souvent perçu comme une matière technique, aride et complexe, reléguée au second plan par rapport aux branches classiques du droit enseignées depuis des décennies (droit civil, droit pénal, droit administratif).
Le Concours Génies en Herbe contribue à modifier cette perception en rendant le droit OHADA attractif, dynamique et valorisant. Les étudiants qui participent au concours découvrent que le droit des affaires unifié peut être passionnant, qu'il ouvre des perspectives professionnelles excitantes et qu'il permet de contribuer concrètement au développement économique du continent africain. La dimension ludique et compétitive du concours crée une émulation positive qui stimule l'apprentissage et l'approfondissement des connaissances.
Les lauréats du concours bénéficient également d'une visibilité importante auprès des employeurs potentiels. Une victoire ou même une simple participation au Concours Génies en Herbe constitue un signal fort sur le CV d'un jeune diplômé, témoignant de son expertise en droit OHADA, de sa capacité à travailler sous pression et de son engagement en faveur de l'intégration juridique africaine. De nombreux anciens participants au concours occupent aujourd'hui des postes de responsabilité dans des cabinets d'avocats prestigieux, des entreprises multinationales ou des institutions régionales.
Les défis persistants : entre enthousiasme de la jeunesse et obstacles structurels
Malgré le succès indéniable du Concours Génies en Herbe OHADA et l'enthousiasme qu'il suscite auprès de la jeunesse africaine, plusieurs défis persistent et limitent la portée de cet instrument pédagogique.
Le premier défi concerne la couverture géographique inégale du concours. Si certains pays comme le Bénin, le Sénégal, la Côte d'Ivoire ou le Burkina Faso participent régulièrement et avec succès au concours, d'autres États membres de l'OHADA sont moins présents, voire totalement absents. Cette inégale participation reflète des différences dans le degré d'appropriation du droit OHADA selon les pays, mais également des contraintes organisationnelles et financières qui empêchent certaines universités de mobiliser les ressources nécessaires pour préparer et accompagner des équipes.
Le deuxième défi concerne la pérennité financière du concours. L'organisation d'un événement de cette ampleur nécessite des financements importants, même dans sa version numérique. Le Secrétariat permanent de l'OHADA, qui coordonne le concours, dispose de ressources budgétaires limitées et dépend du soutien financier des États membres et des partenaires privés. Or, ce soutien n'est pas toujours constant, ce qui crée une incertitude sur la capacité à organiser le concours chaque année de manière régulière et prévisible.
Le troisième défi concerne l'articulation entre le concours et les programmes universitaires officiels. Dans de nombreuses universités africaines, la préparation au Concours Génies en Herbe relève de l'initiative des clubs étudiants et ne fait pas partie intégrante du cursus académique. Les étudiants participants doivent donc consacrer du temps supplémentaire, en dehors de leurs cours réguliers, pour se préparer au concours. Cette situation peut décourager certains étudiants, notamment ceux qui ont des contraintes financières ou familiales importantes.
Une meilleure intégration de la préparation au concours dans les programmes universitaires officiels, par exemple sous forme d'unités d'enseignement optionnelles ou de modules de travaux dirigés, permettrait de valoriser académiquement l'investissement des étudiants et d'encourager une participation plus large. Certaines universités ont déjà pris cette voie, mais elles restent minoritaires.





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