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Une Affaire Qui Refuse de Rester Enfouie


Le meurtre de Martinez Zogo (Arsène Salomon Mbani Zogo) en janvier 2023 n'allait jamais être un procès ordinaire. Le journaliste radio s'était forgé une réputation en dénonçant la mauvaise gestion publique, et sa mort enlèvement, torture et assassinat a fait de son nom un symbole des risques que courent les journalistes camerounais lorsqu'ils s'approchent trop près du pouvoir. Plus de deux ans plus tard, le Tribunal militaire de Yaoundé continue de démêler ce qui lui est arrivé, et les audiences ne cessent de livrer de nouveaux chocs.


Une Pression Venue d'en Haut


Bien avant le rebondissement de juin, l'affaire avait déjà mis à nu des fractures au sommet de l'État. En mars, six accusés — dont l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et l'ex-patron du contre-espionnage Maxime Léopold Eko Eko — ont comparu devant la Cour d'appel, s'attendant à une décision sur leurs demandes de mise en liberté provisoire. Mais contre toute attente, les juges ont brusquement rouvert les délibérations et reporté la décision à la mi-avril.


Ce revirement est intervenu dans un contexte marqué par l'existence présumée d'une note confidentielle émanant du Secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, instruisant le ministre de la Justice de veiller à ce que le tribunal militaire statue sur le fond « sans accorder de mise en liberté provisoire ». Quelle que soit la véritable origine de cette note, son existence alléguée disait, à elle seule, quelque chose d'essentiel : cette affaire n'a jamais été une simple question de preuves. Elle concernait aussi qui, à Yaoundé, voulait qu'elle se termine, et de quelle manière.


Un Mois Perdu en Procédure


L'élan du procès s'est de nouveau brisé en mai. Le 11, l'avocat du Lieutenant-Colonel Justin Danwe — figure de premier plan au sein des services de contre-espionnage de la DGRE — a demandé un report, invoquant un déplacement à l'étranger jugé incontournable. Ni le ministère public ni les avocats représentant la famille de Zogo ne s'y sont opposés, et l'audience a été reportée aux 1er et 2 juin. Pour une salle d'audience déjà remplie de familles, d'avocats et de journalistes en attente de réponses, cela signifiait un mois d'attente supplémentaire.


La Vidéo Qui a Fait Taire la Salle


Lorsque le procès a repris le 1er juin, il a livré le moment que tout le monde redoutait. Le professeur Georges Bell Bitjoka, expert judiciaire en investigation numérique, est venu présenter les conclusions de plusieurs mois d'analyses portant sur les téléphones, comptes et données numériques de plusieurs accusés. Au cours de son intervention, le tribunal a autorisé un événement sans précédent dans cette affaire : la diffusion d'une vidéo retrouvée lors des investigations, montrant les derniers instants de Martinez Zogo.


Les images montraient le journaliste dans un état de grande détresse physique. Avocats, journalistes et membres du public ont visiblement eu du mal à supporter ce qu'ils voyaient. Pour un procès qui a passé deux ans à assembler son dossier pièce par pièce, c'était la première fois que la violence au cœur de l'affaire prenait un visage.


La Trace Numérique


Au-delà de la vidéo, le témoignage de l'expert a permis de reconstituer une chronologie plaçant Danwe au centre du complot bien avant l'enlèvement lui-même. Selon l'expert, Danwe aurait commencé à recueillir des informations sur Zogo dès le 31 décembre 2022 — s'enquérant de la fréquence de sa radio et de son numéro de téléphone. Le 6 janvier, il aurait cherché des éléments permettant d'identifier le domicile du journaliste.


Les données des antennes-relais ont permis de situer plusieurs téléphones liés au commando présumé dans la zone de Soa autour du moment de l'enlèvement, et l'expert a affirmé avoir identifié une zone correspondant à l'endroit où Zogo aurait pu être détenu ou torturé. Un groupe WhatsApp nommé « SOA » est revenu plusieurs fois dans les témoignages, avec des messages extraits d'appareils saisis et destinés à un examen plus approfondi lors du contre-interrogatoire.


Le tableau n'était toutefois pas uniforme pour tous les accusés. Sur les téléphones d'Amougou Belinga, l'expert n'a trouvé aucune preuve directement liée au crime lui-même — mais a relevé d'importantes communications avec Danwe, dont certaines effacées, tandis qu'un second appareil lui étant attribué avait été entièrement reformaté et n'a pu être exploité. Aucun élément incriminant n'a été retrouvé sur les appareils appartenant à Bruno Bidjang.


La Suite des Événements


Le contre-interrogatoire portant sur les conclusions de l'expertise s'est poursuivi le 2 juin, la défense devant contester la méthodologie et les conclusions de l'expert lors des prochaines audiences.


Deux ans plus tard, l'affaire Martinez Zogo demeure moins un simple procès qu'un test, au ralenti, de la justice camerounaise — celui de savoir si elle peut tenir des hommes puissants pour responsables, ou si, comme le suggère la note présidentielle qui aurait fuité, l'issue était déjà pilotée depuis bien au-dessus de la salle d'audience.

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