Une Saison Lancée Sous Pression
- Dorcas Inema
- 21 juin
- 3 min de lecture

Le 18 juin, le Cameroun a officiellement ouvert sa saison agricole 2026 dans la ceinture septentrionale du pays, avec une cérémonie de lancement organisée à Poli, un arrondissement de la Région du Nord. Le ministre de l'Agriculture, Gabriel Mbairobe, avait annoncé la date quelques jours plus tôt, le 15 juin, présentant cette initiative comme une volonté délibérée d'accroître la production agricole dans une partie du pays qui porte depuis longtemps plus que sa part de difficultés. Avec les régions de l'Adamaoua et de l'Extrême-Nord, la Région du Nord, où se trouve Poli, forme ce que les autorités appellent la ceinture agricole septentrionale du Cameroun — et c'est, selon la plupart des indicateurs, la zone du pays la plus touchée par l'insécurité alimentaire.
Cette année, le timing n'est pas un hasard. Le lancement intervient en plein cœur de ce que les agences humanitaires qualifient de l'une des saisons de soudure les plus dangereuses depuis des années.
Une Région Déjà à Bout de Souffle
L'insécurité alimentaire du nord n'est pas apparue du jour au lendemain. Les autorités évoquent un ensemble de pressions familières mais qui s'aggravent : des réfugiés fuyant les violences de Boko Haram à la frontière nigériane, auxquels s'ajoutent des personnes déplacées par les conflits au Tchad et en République centrafricaine. Chaque nouvelle vague d'arrivants accentue la pression sur un système alimentaire déjà fragile.
À cela s'ajoute une crise sécuritaire qui ne faiblit pas. Dans l'Extrême-Nord, les militants liés à l'ISWAP continuent de perturber les cycles de plantation et de récolte, restreignant l'accès des agriculteurs aux terres dans des divisions comme le Logone-et-Chari, le Mayo-Sava et le Mayo-Tsanaga — précisément les zones où l'insécurité alimentaire est la plus sévère. Les analystes humanitaires s'attendent à ce que des conditions de niveau "Crise" persistent dans ces zones jusqu'en septembre, sous l'effet combiné du conflit, de récoltes médiocres et de l'imminence des inondations.
Les Chiffres Derrière l'Urgence
L'ampleur du problème dépasse largement les frontières du Cameroun. Les projections régionales avertissent que près de 53 millions de personnes en Afrique de l'Ouest et au Sahel pourraient être confrontées à une insécurité alimentaire aiguë durant la saison de soudure de juin à août — et le Cameroun figure parmi les pays les plus à risque, aux côtés du Nigeria, du Tchad et du Niger.
Ce qui rend 2026 particulièrement précaire, c'est l'état du financement humanitaire. Le Programme alimentaire mondial a projeté un déficit de financement de près de 88 % à partir d'avril, un écart si sévère que les livraisons alimentaires prévues risquent d'être réduites de jusqu'à 90 % à partir de mai. Pour un pays où plus de 2,2 millions de personnes sont déjà déplacées et où près de 3 millions ont besoin d'une assistance humanitaire, ce déficit n'a rien d'abstrait — c'est la différence entre une ration et une assiette vide.
Le Pari de la Récolte
C'est dans ce contexte que le Cameroun demande à ses agriculteurs du nord de produire davantage, principalement des céréales la culture vivrière dont dépend le plus la région. L'espoir officiellement affiché est de réduire la dépendance aux importations alimentaires, de renforcer les revenus ruraux et de bâtir une certaine résilience face à la prochaine crise avant même qu'elle ne survienne.
La réussite de cette saison dépendra de facteurs largement hors de portée des ministres : si les pluies seront favorables, si les groupes armés laisseront les agriculteurs regagner les terres contestées, et si les inondations attendues en août et septembre épargneront ce qui aura été planté.
Pour une région où la récolte et l'actualité sont devenues indissociables, les prochains mois diront quelle histoire l'emportera.




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