Appel d’offres 2026 pour les licences pétrolières et gazières du Cameroun
- Dorcas Inema
- il y a 8 heures
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En mars 2026, la Société Nationale des Hydrocarbures du Cameroun s'apprête à clore la période de soumission des offres pour son cycle d'attribution de licences pétrolières et gazières. La date limite de consultation des données est fixée au 15 mars 2026, et celle de soumission des offres au 30 mars 2026. Ce cycle, s'il aboutit, ne se contenterait pas de redistribuer des blocs d'exploration entre opérateurs internationaux ; il redéfinirait fondamentalement la trajectoire énergétique d'un pays dont la contribution des hydrocarbures au budget national s'est considérablement réduite ces dernières années. Il déterminerait aussi si le Cameroun peut encore prétendre à une place crédible parmi les acteurs pétroliers d'Afrique centrale à l'horizon 2030.
Pourtant, malgré l'optimisme affiché par la SNH et les signaux encourageants envoyés par le gouvernement, le chemin vers une attribution réussie reste semé d'embûches réglementaires, de contradictions structurelles profondes et d'intérêts économiques difficilement conciliables. Ce cycle illustre parfaitement les difficultés que rencontre un État rentier lorsqu'il tente de réformer son secteur extractif dans un contexte de déclin de production et de méfiance persistante des investisseurs internationaux.
Le cadre juridique : un secteur pétrolier gouverné par la loi n° 2019/008 du 25 avril 2019
Le cycle d'attribution de 2026 est entièrement gouverné par le Code pétrolier institué par la loi n° 2019/008 du 25 avril 2019. Ce texte constitue la pierre angulaire du régime juridique applicable aux opérations pétrolières au Cameroun. Il représentait, à sa promulgation, la transformation réglementaire la plus significative du secteur depuis des décennies, proposant un cadre juridique complet couvrant la définition des régimes contractuels applicables, les droits et obligations des opérateurs, les exigences de contenu local, les règles environnementales et les mécanismes de partage des revenus entre l'État et les compagnies pétrolières.
La loi est sans ambiguïté sur un point fondamental : les opérations pétrolières au Cameroun ne peuvent être conduites que par une société disposant des capacités techniques et financières requises. Il s'agit d'une obligation réglementaire contraignante — non d'une simple recommandation. Et pour toute entreprise étrangère souhaitant opérer, le Code impose une exigence structurelle importante : elle doit, préalablement à la signature de tout contrat pétrolier, constituer une filiale de droit camerounais qui demeurera en activité pour toute la durée du contrat. Cette exigence de filialisation locale n'est pas anodine — elle constitue un mécanisme implicite de contenu local, garantissant que les opérateurs étrangers s'enracinent structurellement dans l'économie camerounaise.
Les neuf blocs : deux bassins, deux visions stratégiques
Le cycle 2026 couvre neuf blocs répartis entre deux bassins géologiquement et stratégiquement distincts. Dans le bassin du Rio del Rey, trois blocs sont proposés : Ndian River, Bolongo Exploration et Bakassi. Dans le bassin de Douala/Kribi-Campo, six blocs sont mis en compétition : Etinde Exploration, Bomono, Nkombe Nsepe, Tilapia, Ntem et Elombo. Cette dualité n'est pas anodine — elle révèle une ambition stratégique qui n'est pas sans risque.
Les blocs du Rio del Rey s'inscrivent dans la continuité historique de la production pétrolière camerounaise. Ce bassin bénéficie d'un profil de risque géologique relativement modéré, d'un historique de production documenté, et d'une connectivité avec les infrastructures existantes qui réduit substantiellement les délais et les coûts de mise en production. Pour un investisseur entrant sur le marché camerounais, ces blocs représentent une porte d'accès à moindre risque, avec un potentiel de développement à court terme réel. Mais leur attractivité a une limite naturelle : les grandes découvertes restantes dans ce bassin mature sont probablement de taille modeste, et leur développement n'inversera pas à lui seul la tendance au déclin de la production nationale.
Les blocs du bassin de Douala/Kribi-Campo racontent une tout autre histoire. Ils requièrent des capacités d'exploitation en eaux profondes et des engagements financiers considérablement plus importants. Les données sismiques 3D disponibles ont permis d'identifier des cibles structurales de grande envergure dans certains de ces blocs, notamment sur le bloc Etinde Exploration. Mais le risque géologique y est substantiellement plus élevé et les délais entre la signature du contrat et une éventuelle mise en production se comptent en décennies. Ces blocs sont le terrain de la grande ambition pétrolière camerounaise — et aussi celui où les exigences en matière de capacités techniques et de tolérance au risque sont les plus exigeantes.
Entre promesses et désillusions, une course contre la montre
L'histoire de ce cycle d'attribution est, en définitive, une course contre la montre dans un cadre juridique qui se veut moderne mais dont la solidité sera éprouvée par les faits. Les délais sont précis et non négociables : la période de consultation des données se clôture le 15 mars 2026, la date limite de soumission des offres est fixée au 30 mars 2026. Pour les opérateurs en cours d'évaluation des blocs, chaque jour compte. Un retard dans la constitution des équipes de due diligence, une erreur d'interprétation du cadre contractuel, et c'est toute une stratégie d'entrée sur le marché camerounais qui peut s'effondrer.
Le rêve de repositionner le Cameroun comme un acteur pétrolier crédible et compétitif en Afrique centrale reste pour l'heure exactement cela : un rêve en cours de construction, dont la concrétisation dépendra moins de l'ambition affichée dans les appels d'offres que de la volonté institutionnelle réelle de transformer les promesses du Code pétrolier de 2019 en garanties juridiques pleinement exécutables




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