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LA COMMISSION NATIONALE ANTI-CORRUPTION DU CAMEROUN : PERSPECTIVES ET PRIORITÉS STRATÉGIQUES POUR L'ANNÉE 2026

Dernière mise à jour : il y a 23 heures


QUELLES SONT LES ORIENTATIONS PROGRAMMATIQUES DE LA CONAC POUR INTENSIFIER LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION AU CAMEROUN EN 2026 ?


La corruption demeure l'un des fléaux majeurs qui gangrènent l'administration publique camerounaise et compromettent gravement le développement socio-économique du pays. Face à cette réalité préoccupante, la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC), créée par décret présidentiel du 11 mars 2006 en tant qu'organe public indépendant sous l'autorité du Président de la République, s'est vue confier la mission principale de contribuer à la lutte contre ce phénomène délétère. Le 2 février 2026, lors de la cérémonie de présentation des vœux de nouvelle année, le Président de la CONAC, Révérend Docteur Dieudonné Massi Gams, a dévoilé les axes prioritaires d'action pour l'année en cours.


Cette annonce programmatique revêt une importance capitale tant au plan juridique qu'institutionnel. L'intérêt juridique réside dans la définition des missions opérationnelles de l'organe anti-corruption. Au plan institutionnel, cette orientation stratégique permet d'évaluer l'engagement effectif de l'État dans la lutte contre la corruption et la préservation de l'intégrité publique. Dans le cadre du présent article, nous examinerons de première part le contexte institutionnel et juridique de la CONAC ainsi que ses nouvelles orientations stratégiques pour 2026. De seconde part, nous analyserons les défis opérationnels et structurels auxquels fait face l'institution.


LA CONAC ET SES ORIENTATIONS STRATÉGIQUES POUR 2026 : ENTRE AMBITIONS ET RÉALITÉS INSTITUTIONNELLES


La CONAC s'inscrit dans un cadre juridique précis et déploie pour 2026 un plan d'action ambitieux.


DU CADRE JURIDIQUE ET INSTITUTIONNEL DE LA COMMISSION NATIONALE ANTI-CORRUPTION


LES FONDEMENTS JURIDIQUES DE LA CONAC


La Commission Nationale Anti-Corruption du Cameroun a été instituée par décret présidentiel N°2006/088 du 11 mars 2006. Cet acte fondateur consacre la CONAC comme organe public indépendant placé sous l'autorité directe du Président de la République.

Cette architecture institutionnelle confère à la Commission une double légitimité : une légitimité politique découlant de son rattachement à la plus haute autorité de l'État, et une légitimité fonctionnelle fondée sur son mandat de lutte contre la corruption. L'indépendance proclamée de l'institution vise théoriquement à la prémunir contre les ingérences politiques susceptibles d'entraver son action.


LES MISSIONS RÉGALIENNES DE LA CONAC


Conformément à son acte constitutif, la CONAC est investie d'une mission principale : contribuer à la lutte contre la corruption sous toutes ses formes dans la société camerounaise. Cette mission se décline en plusieurs attributions opérationnelles.


Primo, la Commission dispose d'un pouvoir d'enquête et d'investigation sur toutes plaintes et dénonciations relatives à des faits de corruption. Secundo, elle exerce une fonction de sensibilisation et d'éducation citoyenne aux valeurs d'intégrité et de probité. Tertio, elle formule des recommandations aux pouvoirs publics en vue d'améliorer le dispositif national de lutte contre la corruption.


Cette triple fonction – répressive, préventive et consultative – fait de la CONAC un acteur central dans l'architecture institutionnelle de promotion de la bonne gouvernance au Cameroun.


LES CINQ AXES PRIORITAIRES D'ACTION POUR L'ANNÉE 2026


Le programme d'action 2026 de la CONAC s'articule autour de cinq orientations stratégiques majeures.


LA MULTIPLICATION DES ENQUÊTES ET INVESTIGATIONS


La première priorité annoncée par le Président Massi Gams concerne l'intensification des enquêtes sur la base des plaintes et dénonciations reçues par l'institution. Cette orientation répond à une exigence de réactivité et d'efficacité opérationnelle.


En effet, les statistiques révèlent une croissance exponentielle des saisines de la CONAC : de 482 plaintes enregistrées en 2010, l'institution est passée à 23.048 dénonciations en 2018. Cette progression témoigne d'une confiance croissante des citoyens envers l'organe anti-corruption, mais génère également une charge de travail considérable nécessitant un renforcement des capacités d'investigation.


L'engagement à multiplier les enquêtes traduit la volonté de la CONAC de ne pas se limiter à un rôle symbolique, mais de devenir un acteur opérationnel effectif dans la répression de la corruption.


L'INTENSIFICATION DES CAMPAGNES DE SENSIBILISATION SUR L'INTÉGRITÉ


La deuxième priorité porte sur l'amplification des actions de sensibilisation aux valeurs d'intégrité dans l'ensemble de la société camerounaise. Cette orientation s'inscrit dans une approche préventive de la lutte contre la corruption.


Concrètement, la CONAC déploie plusieurs instruments de sensibilisation : les caravanes anti-corruption dans les régions, les émissions de road shows, l'apposition d'avis et affiches dans les édifices publics, ainsi que la création de clubs d'intégrité dans les établissements universitaires et certains lycées.


L'accroissement de ces campagnes vise à ancrer dans les mentalités une culture de rejet de la corruption et de valorisation de la probité dans la gestion des affaires publiques et privées.


LE RENFORCEMENT DE L'INITIATIVE D'INTERVENTION RAPIDE


Le troisième axe stratégique concerne l'intensification du mécanisme d'intervention rapide permettant de surprendre en flagrant délit les auteurs d'actes de corruption. Cette initiative, baptisée "Clinique Anti-corruption", consiste en le déploiement d'équipes d'investigation sur le terrain pour constater et documenter les pratiques corruptives.

Lors de l'opération de novembre 2024, cette approche proactive avait permis l'interpellation de plusieurs personnes prises en flagrant délit de corruption. L'engagement à renforcer ce dispositif témoigne de la volonté de la CONAC de passer d'une posture réactive à une stratégie offensive de lutte contre la corruption.


L'ORGANISATION DE LA 16ÈME CONFÉRENCE RÉGIONALE DU COMMONWEALTH DES CHEFS D'AGENCES ANTI-CORRUPTION D'AFRIQUE


Le quatrième volet du programme 2026 revêt une dimension internationale. Le Cameroun, par l'entremise de la CONAC, accueillera la seizième Conférence Régionale du Commonwealth des Chefs d'Agences Anti-corruption d'Afrique.

Cette initiative positionne le Cameroun comme acteur régional de référence dans la lutte contre la corruption et offre une plateforme d'échange de bonnes pratiques avec d'autres pays africains confrontés aux mêmes défis. Elle constitue également une opportunité de renforcer la coopération internationale en matière de répression de la corruption transfrontalière.


L'AMÉLIORATION DU PLAN D'ACTION RÉGIONAL ET LA MISE EN ŒUVRE DU PLAN MINISTÉRIEL


La cinquième priorité porte sur l'optimisation du plan d'action régional de lutte contre la corruption et l'opérationnalisation du plan ministériel. Cette orientation répond à un constat préoccupant : certaines régions, comme le Littoral, affichent des taux de mise en œuvre déclinants (de 36,58% en 2020 à 30,84% en 2021, avant une légère remontée à 32,32% en 2022).


Le renforcement de la coordination entre le niveau central et les échelons régionaux et ministériels vise à garantir une application harmonisée et effective des politiques anti-corruption sur l'ensemble du territoire national et dans tous les secteurs de l'administration publique.


LES DÉFIS OPÉRATIONNELS ET STRUCTURELS DE LA CONAC : ENTRE CONTRAINTES MATÉRIELLES ET IMPÉRATIFS D'EXEMPLARITÉ


Si les ambitions affichées par la CONAC pour 2026 sont louables, leur réalisation effective se heurte à des obstacles matériels et nécessite une exigence d'exemplarité interne.



L'ABSENCE DE SIÈGE PERMANENT ET L'OBSOLESCENCE DES MOYENS DE MOBILITÉ


L'un des handicaps majeurs identifiés par le Secrétaire Permanent de la CONAC concerne l'absence de siège permanent pour l'institution. Cette situation compromet la visibilité de l'organe et limite son efficacité opérationnelle. Une allocation de terrain a été évoquée en vue de la construction d'un édifice dédié, mais le projet demeure à l'état embryonnaire.

Par ailleurs, la flotte de véhicules de la CONAC est qualifiée d'obsolète, ce qui entrave considérablement la mobilité des agents et leur capacité à mener des investigations de terrain. L'acquisition de nouveaux moyens de transport constitue donc une nécessité urgente pour permettre à l'institution d'accomplir ses missions dans des conditions optimales.


L'INSUFFISANCE DES RESSOURCES HUMAINES ET FINANCIÈRES


Au-delà des contraintes infrastructurelles, la CONAC fait face à une pénurie de ressources humaines qualifiées. Le volume croissant de plaintes et dénonciations (23.048 en 2018) nécessiterait un renforcement substantiel des effectifs d'enquêteurs et d'analystes.

Sur le plan financier, bien que les données budgétaires précises ne soient pas publiquement disponibles, il est notoire que les moyens alloués à la CONAC demeurent insuffisants au regard de l'ampleur de sa mission. Cette situation crée un décalage préoccupant entre les ambitions affichées et les capacités opérationnelles réelles de l'institution.



LES SANCTIONS DISCIPLINAIRES CONTRE LES AGENTS CORROMPUS : UN SIGNAL FORT


Dans une démarche salutaire d'exemplarité, le Président de la CONAC a révélé qu'en 2025, trois agents de l'institution ont fait l'objet de sanctions disciplinaires pour implication dans des pratiques de corruption. Cette mesure, bien que douloureuse, témoigne de la détermination de la Commission à promouvoir l'intégrité en son sein même.


L'adage "nul ne peut donner ce qu'il n'a pas" trouve ici toute sa pertinence : une institution de lutte contre la corruption ne saurait être crédible si elle tolère en son sein les pratiques qu'elle est censée combattre. Ces sanctions constituent donc un signal fort adressé tant aux agents de la CONAC qu'à l'opinion publique.


LA NÉCESSITÉ D'UNE LOI SPÉCIFIQUE SUR LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION


Le Président Massi Gams a souligné la nécessité impérieuse de l'adoption d'une législation spécifique en matière de lutte contre la corruption. Le cadre juridique actuel, essentiellement fondé sur des dispositions éparses du Code pénal et des textes réglementaires, présente des lacunes significatives.


Une loi anti-corruption autonome permettrait notamment de consacrer des mécanismes de protection des lanceurs d'alerte, d'élargir les pouvoirs d'investigation de la CONAC, de prévoir des sanctions dissuasives adaptées à la gravité du phénomène corruptif, et d'harmoniser le dispositif national avec les conventions internationales ratifiées par le Cameroun (notamment la Convention des Nations Unies contre la corruption).


LE PARTENARIAT SÉCURITAIRE : UN ATOUT OPÉRATIONNEL


Le Président de la CONAC a exprimé sa gratitude au Délégué Général à la Sûreté Nationale et au Secrétaire d'État au Ministère de la Défense chargé de la Gendarmerie Nationale pour le déploiement rapide d'officiers dans le cadre des opérations d'intervention et d'investigation.


Cette collaboration interinstitutionnelle constitue un atout majeur pour l'efficacité opérationnelle de la CONAC, dépourvue de force de police propre. Elle permet notamment de donner une dimension coercitive aux investigations menées et d'assurer la sécurité des agents lors des opérations de terrain.


LE CONTEXTE PRÉSIDENTIEL : UN ENGAGEMENT AU PLUS HAUT NIVEAU


L'action de la CONAC s'inscrit dans le cadre de l'engagement solennel pris par le Président Paul Biya lors de sa prestation de serment d'intensifier la lutte contre la corruption. Cette déclaration présidentielle confère une légitimité politique accrue aux initiatives de la Commission.


Toutefois, au-delà des déclarations d'intention, l'effectivité de la lutte contre la corruption nécessite une volonté politique soutenue se traduisant par l'allocation de moyens conséquents et la garantie d'une véritable indépendance de l'organe anti-corruption.

Le défi majeur demeure celui de la transformation des engagements programmatiques en réalisations concrètes et mesurables. À cet égard, les pertes financières colossales subies par l'État camerounais du fait de la corruption (plus de 114 milliards de FCFA en 2023) constituent un rappel glaçant de l'urgence et de la gravité de la situation.



En définitive, le programme d'action 2026 de la CONAC traduit une ambition louable d'intensification de la lutte contre la corruption au Cameroun. Les cinq axes stratégiques annoncés – multiplication des enquêtes, intensification de la sensibilisation, renforcement de l'intervention rapide, organisation de la conférence régionale du Commonwealth, et amélioration des plans d'action régional et ministériel – dessinent les contours d'une approche globale et multidimensionnelle du phénomène corruptif.


Cependant, la réalisation effective de ces ambitions se heurte à des contraintes structurelles majeures : insuffisance des ressources humaines et financières, absence de siège permanent, obsolescence des moyens logistiques, et lacunes du cadre juridique. Par ailleurs, l'impératif d'exemplarité interne, illustré par les sanctions contre les agents corrompus, ainsi que la nécessité d'un partenariat sécuritaire efficace, constituent des prérequis indispensables à la crédibilité de l'institution.


Au-delà des actions de la CONAC, c'est la question plus fondamentale de la gouvernance et de l'État de droit qui se pose. Comme l'ont magistralement démontré le Bâtonnier Charles TCHOUNGANG dans son ouvrage "De l'impossible Justice au Cameroun" et le magistrat Emmanuel NDJERE dans "La Justice, la vérité et le bonheur", la lutte contre la corruption ne saurait prospérer dans un environnement marqué par la précarité judiciaire, les lenteurs procédurales et l'absence d'une véritable indépendance des institutions.


La corruption demeure une gangrène qui fausse le processus judiciaire et dégrade la qualité de la Justice. Son éradication nécessite non seulement une CONAC forte et indépendante, mais également une refondation profonde du système judiciaire et une volonté politique résolue de faire triompher l'intégrité et la probité dans la gestion de la chose publique.


L'année 2026 sera donc un test décisif pour évaluer la capacité de la CONAC à transformer ses ambitions programmatiques en résultats tangibles et mesurables dans la lutte contre le fléau de la corruption au Cameroun.


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